Au cœur du village de Grand, à quelques encablures de l’amphithéâtre gallo-romain et de sa mosaïque se déroule actuellement un chantier de fouilles archéologiques. Ces fouilles sont organisées par le Conseil départemental des Vosges avec le soutien financier du ministère de la Culture (DRAC Grand Est). Elles sont dirigées par Thierry Dechezleprêtre et bénéficient de l’aide bénévole d’une quinzaine d’étudiants en archéologie issus de plusieurs universités françaises.
Un quartier antique redécouvert
Lancées en 2022, les fouilles menées dans ce secteur avaient d’abord pour objectif de retrouver précisément des vestiges déjà explorés dans les années 1960 et d’en reprendre l’étude avec les méthodes scientifiques actuelles. Les premières investigations ont permis de dégager un bâtiment bordant une voie antique orientée d’est en ouest. Puis, au fil des campagnes de 2023 et 2024, les chercheurs ont mis au jour une petite construction de seulement 4,50 mètres sur 3,80 mètres. Implantée dans l’axe de la rue et ouverte vers l’est, celle-ci se distingue par un soin particulier apporté à sa décoration : ses murs étaient ornés de peintures murales rouges reposant sur une plinthe jaune. Ces éléments témoignent d’un espace qui ne semble pas avoir été un simple bâtiment utilitaire, mais dont la vocation exacte demeure encore incertaine.
Une conduite d’eau vieille de près de deux millénaires
Au nord de cette construction, les archéologues ont découvert un autre indice important : les vestiges d’une conduite hydraulique. Cette installation se présente sous la forme d’une tranchée linéaire suivie sur une vingtaine de mètres. Deux frettes en fer, encore en place, permettent d’identifier un système de canalisations constitué de tuyaux en bois reliés entre eux, une technique couramment employée à l’époque romaine. La conduite semble aboutir à une fosse quadrangulaire susceptible d’avoir accueilli un bassin en bois. La fouille de cette structure se poursuit cette année afin de mieux comprendre son fonctionnement et son rôle dans l’aménagement du quartier antique.
Une découverte sans équivalent : plus de 500 dés à jouer
C’est aussi une autre trouvaille qui retient particulièrement l’attention des chercheurs : une concentration exceptionnelle d’objets en os : au moins 500 dés à jouer, auxquels s’ajoutent des clous de chaussures, des monnaies de bronze, des fragments de vaisselle, des fibules – sortes d’épingles servant à maintenir les vêtements – ou encore des aiguilles à chas. Pour les archéologues, il s’agit déjà de la plus importante collection de dés connue pour l’Antiquité.
Comment fabriquait-on un dé romain ?
Les dés découverts à Grand permettent aussi de mieux comprendre les techniques artisanales romaines. Les chiffres n’y sont pas représentés par des points simples, mais par des ocelles, de petits doubles cercles gravés à l’aide d’un fin outil métallique. Pour améliorer leur visibilité, les artisans remplissaient parfois ces gravures d’un mélange de cire et de charbon, créant un contraste avec la surface de l’os.
L’organisation des faces respecte un principe toujours utilisé aujourd’hui sur les dés traditionnels. Appelé modèle « Sevens », il impose que la somme des faces opposées soit systématiquement égale à sept : 1 face au 6, 2 face au 5 et 3 face au 4. Cette permanence des règles de fabrication à travers les siècles illustre l’héritage durable du monde romain dans notre quotidien.
Jouer, mais aussi prédire l’avenir
Dans l’Empire romain, les dés ne servaient pas uniquement à se divertir. Les jeux de plateau étaient populaires dans toutes les catégories sociales, des habitations privées aux bâtiments publics. On retrouve régulièrement des dés dans les villes, les sanctuaires, les thermes ou encore les camps militaires.
Mais ces objets possédaient également une dimension symbolique et religieuse. Associés aux osselets, ils pouvaient être utilisés dans des pratiques divinatoires destinées à interpréter le destin ou la volonté des dieux.
Cette double fonction, ludique et spirituelle, complique aujourd’hui le travail des archéologues qui cherchent à déterminer pourquoi autant de dés ont été rassemblés à Grand.
Atelier, sanctuaire ou lieu de jeux ?
La campagne de fouille menée du 6 au 30 juillet 2026 vise précisément à répondre à cette question. Plusieurs hypothèses sont actuellement envisagées. Le bâtiment pourrait avoir abrité un atelier spécialisé dans la fabrication des dés. Il pourrait également correspondre à un sanctuaire où ces objets jouaient un rôle rituel. Une autre possibilité serait l’existence d’un espace consacré aux jeux, placé sous la protection d’une divinité.
Aucune de ces interprétations ne peut encore être privilégiée. C’est pourquoi les chercheurs poursuivent minutieusement l’étude des vestiges, des objets et de leur contexte de découverte.
Un chantier ouvert au public
Les visiteurs peuvent découvrir le chantier de fouille du Grand jardin (à côté de la Basilique) jusqu’au 30 juillet 2026, du lundi au vendredi.
Une occasion rare d’observer le travail des archéologues sur le terrain et de suivre en direct une enquête historique qui pourrait éclairer l’un des plus étonnants mystères de la Gaule romaine. Renseignements au 03 29 06 77 37
Ecoutez Thierry Dechezleprêtre, responsable du chantier de fouilles à Grand et conservateur en chef, chargée des collections de la Gaule romaine au musée d’Archéologie nationale à Saint-Germain en Laye.
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