Gros Léon, le Vosgien du Tour de France

Rédigé le 09/07/2026
Olivier

Depuis 2009, il ouvre la route aux champions, gravit les cols avant le peloton et sillonne l'Europe aux couleurs des Vosges. Le Gros Léon est devenu au fil du temps l'un des ambassadeurs les plus inattendus du département sur le plus grand événement cycliste du monde. Chaque été, des millions de téléspectateurs suivent les exploits des coureurs du Tour de France. Beaucoup ignorent pourtant qu'un autre participant avale lui aussi l'intégralité du parcours. Plus discret que les maillots jaunes, mais tout aussi fidèle à la Grande Boucle. Son nom : le Gros Léon. Cet imposant Unimog du Département des Vosges précède les coureurs depuis 2009. Dix-sept années de présence ininterrompue, des milliers de kilomètres parcourus, des cols franchis avant le peloton, des départs aux quatre coins de l'Europe et même une participation aux Jeux olympiques. Une aventure qui n'était pourtant écrite nulle part.
Une histoire née d'un besoin urgent
L'histoire débute en 2009. À cette époque, l'Assemblée des Départements de France (ADF) reprend progressivement le relais de l'État dans l'accompagnement technique du Tour de France. La logique est simple : l'essentiel du parcours emprunte des routes départementales. Lors d'une réunion préparatoire, les organisateurs exposent un problème inattendu. Mercedes, qui mettait jusque-là un Unimog à disposition pour assurer certaines missions de sécurité sur le parcours, se retire. Il faut trouver rapidement un remplaçant.
Un appel est lancé auprès des départements
Les Vosges disposent justement du véhicule recherché. Didier Declercq alors Chef de Service des Routes évoque le sujet. Le Conseil départemental accepte de le mettre à disposition. Une décision qui va donner naissance à l'une des collaborations les plus durables de l'histoire technique du Tour. À l'époque, personne n'imagine que ce simple prêt de matériel va se prolonger pendant près de vingt ans.
Le dernier rempart avant les coureurs
Le Gros Léon ne fait pas partie de la caravane publicitaire. Son rôle est beaucoup plus stratégique. Quelques minutes avant l'arrivée du peloton, il emprunte l'intégralité du parcours pour s'assurer que tout est prêt. Équipé d'une balayeuse, il retire les objets susceptibles de provoquer une chute, vérifie l'état de la chaussée et signale tout danger aux équipes du Tour. Lors des journées particulièrement chaudes, ses cuves de 2 000 litres lui permettent également d'arroser le revêtement afin de faire baisser sa température. Il participe aussi à l'installation de certains dispositifs de sécurité en transportant les bottes de paille qui protègent les obstacles sensibles : poteaux, carrefours, giratoires ou îlots directionnels. Dernier véhicule chargé d'inspecter l'itinéraire avant le passage des coureurs, il constitue l'un des maillons essentiels de la chaîne de sécurité de la Grande Boucle.
Quand les Vosges montent à bord du Tour
Très vite, les élus vosgiens perçoivent l'intérêt de cette présence exceptionnelle. Le Tour de France est l'un des événements sportifs les plus suivis au monde. Chaque été, des millions de spectateurs se massent au bord des routes et des centaines de millions de téléspectateurs suivent la course. Le Département pose alors une condition : le véhicule devra également porter les couleurs des Vosges. Les discussions avec l'ADF aboutissent progressivement à la présence de la signature vosgienne sur l'Unimog. Les premières années, le véhicule conserve encore sa robe orange de véhicule d'exploitation routière. Puis il adopte progressivement l'apparence que l'on connaît aujourd'hui et devient un véritable ambassadeur roulant de la marque « Je vois la vie en Vosges ». Aujourd'hui, il dispute sa dix-septième Grande Boucle.
De Copenhague à Barcelone
Comme les coureurs qu'il précède, le Gros Léon a vu le Tour se mondialiser. Selon André Bancala, qui assure depuis vingt-neuf ans le lien entre Amaury Sport Organisation, organisateur du Tour de France, et les départements traversés, Copenhague et Barcelone résument à elles seules l’ampleur du périple du Gros Léon. La capitale danoise marque le point le plus au nord atteint par le véhicule au cours de son histoire ; Barcelone, l’un de ses points les plus au sud. Entre ces deux extrêmes, il a sillonné les Pyrénées, les Alpes, les plaines du Nord, mais aussi les routes italiennes, espagnoles ou danoises. Comme les coureurs, il lui est arrivé de parcourir plus de 4 500 kilomètres sur une édition, trajets d’acheminement compris.
Des coulisses parfois improbables
Dix-sept ans de Tour de France laissent forcément quelques souvenirs. À Florence, lors du Grand Départ 2024, les pompiers italiens remplissent les 2 000 litres d'eau du Gros Léon. Pour les remercier, l'équipe technique leur offre plusieurs tee-shirts. Une autre année, le véhicule est confronté à une situation pour le moins inattendue. Des dosettes de lessive se répandent sur la chaussée. Le Gros Léon doit alors intervenir pour nettoyer (et même laver au sens propre) puis rincer entièrement le revêtement avant l'arrivée des coureurs. Les anecdotes de stationnement valent également leur détour. Entre deux étapes, il lui arrive de partager les espaces réservés à la Garde républicaine. Il faut parfois négocier quelques mètres carrés afin de garer l'imposant camion vosgien au milieu de dizaines de motos officielles. Une scène devenue familière pour les équipes du Tour.
Jusqu'aux Jeux olympiques
L'année 2024 marque sans doute l'apogée de cette aventure. Après avoir accompagné le Tour de France entre Florence et Nice, le Gros Léon ne rentre pas immédiatement dans les Vosges. Il est mobilisé quelques jours plus tard sur les épreuves cyclistes des Jeux olympiques de Paris. Courses en ligne et contre-la-montre : le véhicule participe à la sécurisation des parcours olympiques, devenant l'un des rares engins départementaux français à prendre part la même année aux deux plus grands rendez-vous mondiaux du cyclisme.
Une double vie
Lorsque les projecteurs s'éteignent, le Gros Léon retrouve pourtant une existence beaucoup plus discrète. Affecté au centre d'exploitation de La Bresse, il reprend ses missions habituelles de service public. En hiver, il participe au déneigement des routes vosgiennes. En été, il assure le fauchage des accotements. Une double vie qui résume parfaitement son destin.

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